Histoire de Kingersheim partie 1/4 : Période Bernoville (1857 – 1878)

28 Avr 2023

1ère partie de notre saga autour de l’Histoire de la friche « AMECO » à Kingersheim.

 

Ce lieu en cours de réhabilitation par Terre & Développement, possède un impressionnant passé. Il était très important de pouvoir le partager au plus grand nombre.

 

Découvrez dès maintenant la période dite « Bernoville », de 1857 à 1878. Bonne lecture.

 

En 1848, la Maison Bernoville tient en location, une usine d’impression sur étoffe à Mulhouse, près de la Doller, employant des centaines d’ouvriers. Cependant, avec une fin de bail prévue en juillet 1857, ils sont obligés de quitter les lieux. Pour éviter des licenciements, M. Bernoville est attiré par un terrain de deux hectares situé dans le quartier de la Strueth à Kingersheim pour transférer l’entreprise et ainsi éviter des licenciements.

Le 20 décembre 1856, M. Bernoville, Larsonnier et Chenest demandent l’autorisation de construire une nouvelle fabrique au lieu-dit Strethmatten, à proximité des forêts d’Oberegoben et Strueth. Après avoir résolu les problèmes liés à la réticence des habitants et à la pollution potentielle du Dollerbaechlein, ils obtiennent le permis de construire en 1857, avec l’obligation de créer un réservoir pour contenir les résidus de peinture et donc préserver l’environnement (ces mesures d’empêcheront pas une pollution du Dollerbaechlein en 1857-1858 à la suite de déversements de résidus de teinture. Ce sera l’un des trois premiers cas de pollution d’un cours d’eau en Alsace).

Kingersheim, spécialisée dans l’impression d’étoffes, accueille donc une seconde Indienne sur des terres désertes, sans habitations. En installant une Indienne d’impression de tissus en laine au milieu du 19ème siècle, M. Bernoville démontre une audace incroyable en dépit de l’existence d’une autre usine similaire en aval.

Mais qu’est-ce qu’une « Indienne » ?

L’art de l’impression sur étoffe a vu le jour en Inde, où le procédé a été soigneusement gardé secret. Ce n’est qu’à la fin du XVIe siècle que les premières étoffes imprimées, connues sous le nom d’ « Indiennes », ont commencé à faire leur apparition en Occident. Elles ont immédiatement attiré l’attention de la noblesse et de la bourgeoisie, qui les ont acquises à un prix élevé pour se vêtir. Les Européens ont rapidement cherché à les imiter, mais ils manquaient des connaissances nécessaires.

C’est ainsi que des espions au service de la Compagnie des Indes se sont lancés à la recherche des secrets de l’impression sur étoffe. Au XVIIIe siècle, les techniques indiennes de teinture de fils et de tissus, ainsi que de peinture sur étoffe, ont été mises en pratique en Europe. En 1780, les « Indiennes » étaient encore considérées comme des produits de luxe coûteux, mais leur importation a progressivement diminué au début du XIXe siècle, ne pouvant plus concurrencer les toiles produites en France en termes de prix et de qualité.

L’installation de l’Indienne Bernoville a rapidement eu un impact sur la croissance de la région. Avec son propre atelier de gravure et de dessin, l’usine s’est spécialisée dans la production de lingerie fine en laine, tout en attirant une population grandissante d’ouvriers en provenance du Haut-Rhin. Le quartier de la Strueth, qui était auparavant peu peuplé, a connu sa première expansion grâce à cette nouvelle population.

Cependant, pour des raisons fiscales, l’Indienne Bernoville a été reprise en 1879 et est devenue la Filature et Tissage de laine Eugène Bertrand.

Kingersheim doit son succès au ruisseau Dollerbaechlein : avant de commercialiser les étoffes, il faut procéder à leur ennoblissement. Il s’agit d’une série de traitements que l’on fait subir au tissu brut, appelé « écru ». Tous les écrus destinés à la teinture et à l’apprêt, sont blanchis pour qu’il ne reste aucune impureté dans l’étoffe. Les spécialistes du blanchiment recherchent des eaux claires que la vase ne brouille pas et qui soient aussi peu calcaires que possible afin d’obtenir les meilleurs résultats. L’eau du Dollerbaechlein est en tous points exceptionnelle.

1. Bois communal dit Obere Goben
2. Barrage des cours d’eau (vanne)
3. Ruisseau Dollerbaechlein et son canal de dérivation
4. Manutention-lavage
5. Cuisine à couleurs, laboratoire, fixage et machines
6. Chaufferie et sa cheminée (chaudière)
7. Étendage
8. Magasins bois et planches à imprimer
9. Chambre humide
10. Magasin drogues
11. Passage couvert
12. Bureaux